Renaissance et révélation.
Le grand Corbeau
Le son atteignit mes sens en alerte, je le reconnu. Il fallait aller vers ce battement qui à présent emplissait l’espace. L’air devint d’un seul coup épais et vibrant à la fois. La vibration, de plus en plus lourde sans discontinuer, m’arrivait.
Je déployais mes ailes dans un grand fracas de plumes, brassant l’air.
Je déployais mes ailes laissant l’arbre, abri protecteur sur lequel j’attendais maintenant depuis une lune que celle-ci redevienne pleine.
D’un puissant battement, je montais dans la nuée qui obscurcissait la lumière de celle qui allait m’accompagner durant ce voyage.
J’étais seul, je lançais dans un cri un défi à cette obscurité. Tous les animaux nocturnes se turent. Après avoir pris de la hauteur, la direction me fut donné par un souffle de vent. Il me poussait, me tirait.
C’est cette nuit que cela allait se passer. Toutes ces années à me préparer, côtoyant les anciens de la colonie où j’étais né. Ils m’avaient instruit de leur sagesse. C’était à moi à présent de manifester au cours de cette nuit même ma présence au monde des humains qui était prêt à voir pour qu’ils sachent. Je rentrai dans la lumière dorée de la déesse de la nuit, en bas sur la terre se projetait ma silhouette d’hombre.
Le battement du tambour se fit de plus en plus lourd et distinct. Je sentais que j’arrivais sur les lieux qui m’étaient destinés.
Je descendis en large cercle et restai au dessus d’un grand feu que les hommes avaient allumé. Je restai dans l’obscurité, ce n’était pas encore le moment. Trois tambours à l’unisson scandaient l’appel. Tout autour, un petit groupe d’hommes de femmes vibraient de tous leur membres. Dans l’arbre, sous lequel ils se tenaient, était accroché, os, plumes de mes ancêtres, bois du grand cerf notre frère. Des tissus de couleurs attachés en tresse bougeaient dans le vent qui ne cessait de forcir.
Le rythme s’accéléra et quand il parvint à son paroxysme, s’arrêta. Le vent tomba.
Un profond silence emplit l’espace plus rien ne bougeait. Je remontai alors dans la face aimée qui m’avait éclairé et lançant trois grands cris, je sortis dans sa lumière.
Les hommes à mes appels levèrent les yeux, ils virent mes plumes noires aux reflets bleutés, mon bec puissant et mon regard aux pupilles d’or qui savaient lire dans les ténèbres du futur et m’aperçurent, certains ne me voyant pas tombèrent à terre dans un profond sommeil. Les autres me renvoyèrent mes cris.
Le grand corbeau que j’étais devenu était apparu.
A présent ils savaient et me reconnaîtraient pendant toute leur vie dans ceux de ma race.
Je serai à leurs côtés pour les détourner de certains voyages périlleux et dangereux pour eux et à la fois pour entraîner dans ces périls ceux qui passeraient outre les présages que je leur donnerai et qui les refuseraient.
Jean-Claude MOUSSEY